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Ce que le kung-fu m'a appris sur moi-même
En 2017, j'ai découvert le Cửu-Long Võ-Đạo, un art martial vietnamien. Entre leçons d'humilité, dépassement de soi et philosophie du quotidien — ce que cette pratique m'a laissé, bien au-delà des tatamis.
- Auteurs
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- Nom
- Jeremy Marchandeau
- https://x.com/tweetsbyjey
- Développeur passionné d'IA et de Data at Actuellement freelance
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Table des matières
On dit souvent qu’on commence le sport pour le corps, et qu’on continue pour la tête. Dans mon cas, c’est exactement ce qui s’est passé — mais avec un art martial que la plupart des gens ne connaissent pas.
Le point de départ
À la rentrée 2017, avec ma femme, on a réalisé qu’on ne faisait plus vraiment de sport. Un peu de ski l’hiver, quelques randos l’été — mais rien de régulier, rien qui engage vraiment le corps. On était fans de Donnie Yen, des films IP Man, du cinéma d’action hongkongais en général. Alors on s’est dit : pourquoi ne pas se lancer dans les arts martiaux ?
Elle a opté pour le wing chun. Moi, pour le Cửu-Long Võ-Đạo.
Kesako ? Un art martial vietnamien — littéralement “l’école des neuf dragons”. Importé en France par Maître Tran, il s’est développé discrètement mais sûrement, loin des projecteurs du MMA ou du judo. Ce n’est pas l’art martial le plus médiatisé, mais c’est précisément ce qui m’a plu.
Mon corps pouvait faire des choses que j’ignorais
Les cours avaient lieu le soir, dans une salle modeste mais chargée de cette énergie particulière qu’ont les dojos. On apprenait les enchaînements progressivement, technique après technique, en répétant inlassablement les mêmes gestes jusqu’à ce qu’ils deviennent naturels. Ou presque. Je ne suis pas particulièrement souple, ni agile de nature — et les premières séances me l’ont rappelé sans ménagement. Alors quand David m’a demandé d’enchaîner trois coups de pieds en l’air, ma première réaction a été un “no way” intérieur assez catégorique.
Deux, à la limite. Mais trois ?
Et pourtant. À force d’entraînements, de répétitions, de chutes et de recommencements, j’ai fini par y arriver. Ce n’est pas grand-chose dans l’absolu — ce n’est pas un exploit olympique — mais sur le moment, cette petite victoire avait un goût particulier. Celui de dépasser une limite qu’on s’était soi-même fixée.
Un art autant esthétique que physique
Ce qui me frappait dans le Cửu-Long Võ-Đạo, c’était la beauté des enchaînements. Voir David faire les démos des techniques à venir, c’était comme être aux premières loges d’une chorégraphie irréelle — une espèce de danse à la fois hypnotique, poétique et brutale, comme si on assistait au tournage du dernier long métrage de Tsui Hark. Chaque mouvement avait sa raison d’être, son équilibre, sa fluidité.
Il y avait quelque chose d’artistique dans cet art martial. Pas seulement de l’efficacité, mais de l’élégance.
L’esprit derrière la pratique
Mais ce que j’aimais par-dessus tout, c’était les histoires que David partageait entre les exercices. Son apprentissage au Vietnam avec son frère et sa sœur. La vie romanesque de son père, qui avait traversé tant d’épreuves avant de s’installer en France et d’y bâtir quelque chose.
Le kung-fu, c’est une philosophie autant qu’une pratique physique. Et cette philosophie tient en quelques principes simples mais puissants : progresser par petits pas, se battre contre soi-même plutôt que contre un adversaire, donner le meilleur de soi en fonction de ses propres capacités.
Il n’y avait pas de compétition entre les élèves. Chacun avait sa place. Chacun était respecté, quel que soit son niveau. Ce genre d’environnement, c’est rare — et c’est précieux.
L’interruption brutale
Et puis le Covid est arrivé.
Les cours en présentiel ont cessé. Les cours en visio ont bien tenté de prendre le relais, mais quelque chose s’était cassé. Le rapport au corps, la présence physique, le regard du maître qui corrige une posture — tout ça ne passe pas à travers un écran de 13 pouces.
J’ai décroché en 2020. Pas faute de bonne volonté, mais parce que la pratique avait perdu ce qui faisait son essence.
Il m’a fallu trois ans avant de retrouver une activité qui me procurait un épanouissement comparable. Le running, en l’occurrence — mais c’est une autre histoire.
Ce que le Cửu-Long Võ-Đạo m’a laissé, c’est la conviction qu’on est souvent bien plus capables qu’on ne le croit. Et que les meilleures leçons ne viennent pas forcément d’un adversaire en face de soi, mais de ce moment précis où on se retrouve face à ses propres limites — et qu’on décide de les repousser, un coup de pied à la fois.